Optiques anamorphiques : Principes généraux

L’anamorphique : Principes généraux

Apocalypse Now, Blade Runner, Rencontre du Troisième Type, Le Pont de la rivière Kwai, Evita… Si vous avez été captivé par l’image et le look de ces classiques en CinemaScope, vous devriez envisager de passer aux optiques anamorphiques pour votre prochain projet de film. Angénieux, ARRI/Zeiss, Cooke ou encore Scorpio ont désormais conçu des optiques anamorphiques qui arrivent progressivement sur le marché. Si vous ne pouvez pas attendre, les optiques et zooms Hawk de Vantage pour les montures PL sont disponibles depuis 1995. Du côté des montures PV, Panavision fait office de référence depuis la fin des années 60.

En 1952, la Twentieth Century-Fox a acheté les droits pour l’utilisation de la technique anamorphique à Henri Jacques Chrétien, un astronome et ingénieur français, pour produire La Tunique, le premier long-métrage à être tourné avec une optique anamorphique.

A cette époque, la plupart des films étaient tournés avec un ratio de 1.33:1. Ce ratio a ensuite évolué avec le temps vers des ratios panoramiques plus larges : 1.66:1, puis 1.85:1 et enfin 2.39:1. Le ratio 2.39:1 signifie que l’image est 2.39 fois plus large que haute. Vous pouvez utiliser des optiques sphériques ou des optiques anamorphiques. Le ratio reste le même mais le procédé diffère.

Avec des optiques sphériques (les optiques « normales »), le ratio 2.39:1 « gâche » beaucoup d’espace inutilisé sur le capteur ou le négatif. Le haut et le bas de chaque image sont coupés ou en format Letterbox.

Avec les optiques anamorphiques, la largeur de l’image est « compressée » (traditionnellement par un facteur de 2x) pour coller à la largeur du capteur ou à l’ouverture. Ceci vous permet d’utiliser la surface entière du capteur image, sans masque « Letterbox ». Le résultat est une image avec plus de pixels, une plus haute résolution et moins de bruit. Ce fut l’une des principales raisons pour lesquelles l’anamorphique (CinemaScope) a été développé en premier lieu dans les années 1950 : afin d’utiliser une plus grande surface de pellicule avec moins de grain et une meilleure résolution.

Peter Märtin de la société Vantage Films, à l’origine des optiques Hawk Anamorphic, explique : « Les optiques anamorphiques utilisent des éléments cylindriques pour compresser l’image sur un axe uniquement, à savoir la largeur et non la hauteur. Cela signifie qu’une optique anamorphique a différentes longueurs focales : la partie horizontale de l’image est la longueur focale la plus large et la partie verticale est la plus grande longueur focale. L’optique à donc deux points nodaux (un point nodal est le point où tous les rayons lumineux convergent en traversant la lentille optique) : un point nodal pour la partie horizontale des rayons lumineux, un deuxième pour la partie verticale. Pour résumer, l’optique traite l’image d’une manière tri-dimentionnelle.

« Cela revient à observer un paysage en fermant un œil. Si vous tenez votre main devant vous et que vous la rapprocher de votre œil, votre main couvrira une plus large partie de l’image. Si vous déplacez votre main sur le côté, vous allez révéler de nouvelles perspectives derrière votre main. Vous obtenez de nouvelles informations sur la tri-dimentionnalité de l’espace. Les optiques anamorphiques reproduisent un peu le même effet : fournir à un capteur à deux dimensions des informations tri-dimentionnelles. On peut presque parler de 3D, ou du moins de 2.5D ».

Il y a quelque chose d’inexplicablement captivant à propos des optiques anamorphiques, et ce n’est pas forcément lié aux différents effets de blue-streak, de bokhehs de forme ovale, de flares ou encore de distorsion.

« Le look anamorphique est très élégant. L’optique anamorphique n’est pas un outil neutre ou soumis à une certaine objectivité. Elle est au contraire très subjective. Elle apporte une touche légèrement différente à ce qui est filmé, ajoute de la surface hors champ, et confère de la profondeur à une scène. Ceci est d’autant plus intéressant à observer sur les visages, car l’anamorphique les magnifie. Elle donne aux acteurs un look plus cosmétique, élégant, intéressant, en un mot : différent. Avec une optique sphérique longue, les visages peuvent sembler plus aplatis, ce qui n’est pas toujours flatteur. L’anamorphique apporte plus de profondeur pour un effet très plaisant. Beaucoup de Chefs Opérateurs utilisent les anamorphiques car elles ont un excellent rendu sur les visages. »

Un bon moyen pour choisir l’optique anamorphique idéale pour une scène donnée est de réfléchir en termes de longueur focale verticale. Utilisez la même focale que celle que vous auriez utilisé avec une optique sphérique. Une optique anamorphique 100mm vous donne la même hauteur maximale qu’une optique sphérique 100mm. Bien sûr, l’optique 100mm anamorphique sera deux fois plus large que l’optique sphérique – ce qui sera équivalent à un 50mm sphérique en axe horizontal.

Si vous êtes habitués aux optiques sphériques et que vous souhaitez obtenir le même champ de vision horizontal qu’avec un 100mm, alors vous choisirez une optique anamorphique 200mm pour toute correspondance. Bien sûr, l’axe vertical sera plus « étroit » parce que l’angle vertical d’une optique anamorphique est le même que sur les optiques sphériques.

Le look « hors champ » d’une optique anamorphique 100mm est très différent de celui donné par une optique sphérique 100mm. La profondeur de champ est réduite et un acteur apparaîtra plus détaché du fond de l’image. Les optiques anamorphiques dont les cylindres sont placés en front de lentille vous procureront des bokehs de forme ovale. Les points hors-champ en arrière-plan prendront une forme d’ogive. Plus ces points seront hors-champ, plus ils apparaîtront compressés.

La formule anamorphique

Il est certain que les optiques anamorphiques créent le buzz et susciteront l’intérêt de nombreux Chefs Opérateurs dans les années à venir. A l’heure actuelle, il n’y a véritablement qu’une seule caméra numérique qui peut prendre en charge le format particulier des optiques anamorphiques avec un capteur 4:3 : la ARRI Alexa XT. Cependant, toutes les caméras numériques ne devraient-elles pas à terme avoir un capteur 4:3 ? La formule qui a fait le succès de Panavision ou Technovision, cette même formule qui a fait les beaux jours d’entreprises concevant des caméras argentiques ou des optiques et utilisée depuis 60 ans, semble avoir été oubliée ces 5 dernières années avec l’avènement des caméras numériques.

En production, un film anamorphosé peut être réalisé de deux façons : avec des objectifs anamorphiques ou des objectifs sphériques utilisant le format Super 35.
La surface du négatif de l’image anamorphosée est de 52 % plus grande que celle du Super 35, ce qui donne une image mieux définie et sans grain. L’image anamorphosée est la plus grande parmi les formats 35mm.

Vous trouverez ci-dessous les diagrammes et les chiffres vous expliquant comment le ratio 2.39:1 des anamorphiques tire avantage d’une surface de capteur plus importante par rapport aux optiques sphériques avec le même ratio, et pourquoi  les capteurs 4:3 conviennent mieux aux anamorphiques que les capteurs 16:9.

Le premier schéma vous montre une image d’une surface de 234 mm2 pour un ratio de 2.39:1 avec une optique sphérique et un capteur Super 35. Ce format convient à la fois aux capteurs 4:3 et 16:9. Vous pouvez constater que les bords se retrouvent coupés (format Letterbox).

Le deuxième schéma vous présente une image d’une surface de 376 mm2 avec une optique anamorphique et un ratio de 2.39:1 sur un capteur 4:3. La surface occupée par l’image est bien plus grande.

Le troisième schéma vous montre comment un capteur 16:9 coupe l’image par un facteur de 1.8x a une résolution bien moins importante qu’avec un capteur 4:3 pouvant shooter en anamorphique avec un format deux fois plus étiré.

 

Article traduit et adapté de Film & Digital Times